Vendre son bien : les erreurs à éviter, selon les conseillers
Par la rédaction Monmandataire · 7 min de lecture · 28 octobre 2026

L'essentiel en 30 secondes
Cinq conseillers, interrogés séparément, citent des erreurs de vendeurs qui se recoupent : fixer le prix d'après son prochain achat ou son attachement à la maison, confier son bien à quatre agences ou plus, vouloir vendre seul, négliger la qualité de l'annonce, et ne pas faire le bilan quand le bien ne part pas.
Vendre son logement ne s’improvise pas. Pour ce guide, nous avons rassemblé ce que disent cinq conseillers immobiliers indépendants, dans leurs interviews filmées, des erreurs qu’ils voient le plus souvent chez les vendeurs. Les citations sont reprises mot pour mot, avec la vidéo en source ; elles viennent toutes de conseillers du réseau iad France, en Île-de-France et en Provence.
1. Fixer son prix d’après son prochain achat
C’est la première erreur de vendeurs que cite Jérémy Alonzeau, conseiller à Montrouge. Beaucoup de vendeurs trouvent d’abord le bien qu’ils veulent acheter et en déduisent le prix auquel ils doivent vendre : « Erreur ! Première chose : valoriser mon bien. Et une fois que je sais combien je vais empocher, à ce moment-là, je vais me focaliser sur ce que je vais acheter par la suite. »
L’ordre est donc : faire estimer le bien, savoir ce que l’on touchera, puis construire le projet d’achat. L’inverse revient à demander au marché de payer votre projet.
2. Vendre une émotion plutôt que des murs
Hélène Morvan, conseillère à Vitrolles, donne le même conseil à tous ses vendeurs : « faites comme si ce n’était pas votre maison aujourd’hui ». Elle explique pourquoi : « il y a tellement d’émotionnel et tellement de parcours de vie dans ces maisons qu’ils veulent vendre une émotion, ce que dégage cette maison et tout ce qu’ils y ont vécu, plutôt que vendre des murs. »
Son constat est sans détour : « Ce qu’ils ont vécu là-dedans, ça ne se paye pas. Les acquéreurs, en fait, s’en fichent : il n’y a que le marché. »
Elle dit aussi avoir changé de pratique avec l’expérience : plutôt que d’accepter un prix irréaliste pour obtenir le mandat, elle préfère dire la vérité. « Ne pas avoir été honnête, ce n’est pas cool : au final, tu ne vendras jamais leur maison. Donc je pense que la transparence, c’est la première chose. »
Carole Triconnet, conseillère en Seine-et-Marne, tient la même ligne : « J’ai besoin d’être honnête avec les gens et de pouvoir leur dire. » Elle s’appuie sur « les données, les ventes, les notaires » et présente une fourchette, pas un chiffre magique. Voir notre guide sur l’estimation.
3. Se positionner hors marché
Deborah Doerflinger, conseillère à Champigny-sur-Marne, met « se positionner sur un prix hors marché » en tête des erreurs, en ajoutant : « des fois, ils sont mal conseillés aussi, ce n’est pas toujours la faute des propriétaires. » Pour elle, c’est une erreur de départ.
Jérémy Alonzeau ajoute un contexte local : à Montrouge, il observe que les négociations vont aujourd’hui de 5 à 15 %, alors que les biens se vendaient « au prix » il y a quatre ou cinq ans. Un prix de départ juste évite une négociation à la baisse en cours de route.
4. Confier son bien à quatre agences ou plus
C’est l’erreur sur laquelle les deux conseillers insistent le plus.
Deborah Doerflinger : « diffuser sur quatre agences ou plus. Ça, c’est une erreur de diffuser sur quatre agences, parce qu’en réalité, on publie à peu près tous sur les mêmes sites immobiliers, et aujourd’hui, 95 % de nos contacts acquéreurs proviennent d’Internet. » Elle recommande « une mise en vente qualitative » plutôt que de « diffuser un peu partout en espérant avoir plus de clients ».
Jérémy Alonzeau y ajoute l’effet sur l’acheteur : « Dans la tête d’un acquéreur, lorsqu’un bien est visible sur plusieurs passerelles avec plusieurs professionnels, ça signifie que le vendeur est pressé. Si le vendeur est pressé, ça signifie qu’il est prêt à descendre son prix davantage. » Il conclut que « multiplier les professionnels de l’immobilier » dessert la vente. Pour lui, la solution est le mandat exclusif : « Une seule publicité, un seul professionnel, un seul interlocuteur, pour mieux défendre le prix du vendeur. » Ce conseil vient d’un professionnel qui a intérêt à l’exclusivité (85 % de ses mandats sont exclusifs, dit-il) : lisez notre guide sur le mandat exclusif et le mandat simple avant de décider.
5. Vendre seul
Jérémy Alonzeau cite aussi la vente entre particuliers, commencée sur les sites de petites annonces : « Il y a une grosse perte de temps. Il y a des gens qui appellent mais qui n’ont pas […] un dossier solide. Du coup, il y a plein de touristes, en fait, et il va y avoir beaucoup de déperdition. »
Ce que fait un conseiller, selon lui : « estimer le bien, prendre des photos de qualité, faire des vidéos, et ensuite gérer les acquéreurs, filtrer les acquéreurs pour ramener uniquement des acquéreurs de qualité. » Deborah Doerflinger décrit un travail plus large que la visite : constituer le dossier de vente avec les diagnostics, le photographe, puis la stratégie avec les propriétaires. Elle rappelle que les visites sont « la partie facile du métier » et « une infime partie de ce qu’on fait au quotidien ».
Vendre seul reste légal et possible ; c’est un arbitrage entre le coût d’un accompagnement et le temps que vous y consacrerez.
6. Négliger la qualité de la mise en vente
Quand 95 % des contacts arrivent par Internet, selon Deborah Doerflinger, l’annonce est la vitrine : « une belle annonce avec de belles photos ». Carole Triconnet recourt au home staging et à la vidéo parce que « les gens ont souvent du mal à se projeter » : l’objectif est de les aider « à voir le renouveau que ce bien peut avoir demain ».
Elle ajoute un principe de stratégie : « tout peut se vendre, mais il faut une stratégie vraiment adaptée à chaque bien », en se demandant « qui serait attiré par ce bien-là ».
7. Ignorer l’étiquette énergétique
Jérémy Alonzeau constate que l’étiquette énergétique fait désormais partie des trois premières questions des acheteurs. À Montrouge, les immeubles anciens représentent environ 40 % des biens en vente, avec beaucoup de passoires énergétiques. Pour un vendeur qui veut maximiser son prix, il conseille des travaux d’amélioration : changer les fenêtres, le ballon d’eau chaude, installer une ventilation, ou isoler par l’intérieur, « quitte à perdre un peu de surface ». Il précise : « Il n’y a pas vraiment de règle. »
8. Quand le bien ne part pas : le bilan
Si votre bien est en vente depuis six mois chez plusieurs agences, la démarche de Jérémy Alonzeau est toujours la même : « tirer un bilan de ce qui s’est passé, et ensuite mettre des actions en place ». Première action : « estimer le bien en fonction de ce que toi tu estimes que ça vaut, et non pas de ce que le vendeur veut ». Puis reprendre les photos et les vidéos et repartir avec un seul interlocuteur.
Hacène Krouri, conseiller à Meaux, rappelle le contexte du marché : « on est passé de 1 200 000 ventes à 960 000 en deux ans, donc forcément moins de ventes » (chiffres cités dans l’interview, à vérifier auprès des notaires de France). Dans ce marché plus tendu, dit-il, « la compétence et les services sont très importants ».
Ce que ce guide ne dit pas
- Les conseillers cités sont tous mandataires iad. D’autres réseaux et des agences traditionnelles peuvent avoir d’autres méthodes ; leurs voix viendront avec leurs fiches.
- Les chiffres de Montrouge ne valent pas pour votre commune.
- Ce guide ne donne pas d’avis juridique ni fiscal. Pour la plus-value, la taxation et les diagnostics obligatoires, voyez un notaire.
Sources
Interviews filmées citées (chaîne YouTube Motioon France) :
- Jérémy Alonzeau, Acheter ou vendre à Montrouge : prix, quartiers, erreurs à éviter (chapitre « Les erreurs des vendeurs »).
- Deborah Doerflinger, 11 ans de métier à Champigny-sur-Marne.
- Hélène Morvan, Quitter la fonction publique à 49 ans.
- Carole Triconnet, 15 ans dans les RH, puis le saut vers l’immobilier.
- Hacène Krouri, 12 ans d’entrepreneuriat et de liberté à Meaux.
Ce qu'il faut retenir
- ✓Estimez d'abord, achetez ensuite : le prix de votre bien dépend du marché, pas du prix de votre prochain logement.
- ✓Les souvenirs ne se vendent pas : les acquéreurs regardent le marché, pas votre histoire.
- ✓Quatre agences ou plus ne multiplient pas les acheteurs : les annonces sont publiées presque partout, et un bien très visible peut passer pour celui d'un vendeur pressé.
- ✓Vendre seul coûte du temps : tri des visiteurs, dossier, photos, négociation.
- ✓Un bien qui ne part pas appelle un bilan : prix, photos, diffusion, mandat.
- ✓Pour un bien énergivore, des travaux d'amélioration peuvent élargir le public d'acheteurs.
Questions fréquentes
Quelles erreurs de prix reviennent le plus souvent ?
Les conseillers que nous avons interviewés en décrivent trois : Jérémy Alonzeau cite le vendeur qui déduit son prix de vente du prix de son prochain achat ; Deborah Doerflinger cite le prix hors marché ; Hélène Morvan l'attachement affectif au logement.
Faut-il confier son bien à plusieurs agences ?
Deux conseillers, Deborah Doerflinger et Jérémy Alonzeau, déconseillent de multiplier les professionnels. Les annonces se retrouvent sur les mêmes sites, et pour un acheteur, un bien proposé par plusieurs agences peut signifier que le vendeur est pressé, donc prêt à baisser son prix. Un mandat, un interlocuteur, c'est ce qu'ils recommandent.
Pourquoi un bien ne se vend-il pas ?
Les causes citées sont le prix, une mise en vente peu soignée (photos, annonce), une diffusion éparpillée ou un vendeur qui refuse de se détacher du bien. La démarche proposée par Jérémy Alonzeau : faire le bilan, ré-estimer le bien à sa valeur de marché, reprendre photos et vidéos, repartir avec un seul interlocuteur.
Peut-on vendre sans agence ?
Oui, c'est possible, mais Jérémy Alonzeau y voit une erreur fréquente : la commercialisation seul fait perdre du temps avec des visiteurs sans dossier solide. Un conseiller estime le bien, fait réaliser les photos et les vidéos, et filtre les acquéreurs.
Faut-il faire des travaux avant de vendre ?
Il n'y a pas de règle. Pour maximiser le prix, Jérémy Alonzeau conseille des travaux d'amélioration énergétique (fenêtres, ballon d'eau chaude, ventilation, isolation) quand l'étiquette est mauvaise, car cela ouvre le bien aux primo-accédants et aux investisseurs.